Perspectives

Pénurie énergétique: Macron veut utiliser la guerre en Iran pour mener la guerre de classe

Le blocus de l’Iran imposé par Trump et sa menace d’exterminer la civilisation iranienne marquent une nouvelle ère dans la lutte de classe internationale. La déconvenue de Trump, dont la guerre d’agression n’a pas encore réussi à imposer à l’Iran un régime néocolonial, est patente. Mais la bourgeoisie européenne réagit en préparant une offensive sociale et économique visant les droits et les niveaux de vie des travailleurs.

C’est le cas d’Emmanuel Macron, qui n’a dénoncé ni la guerre contre l’Iran, ni le blocus qui coupe l’approvisionnement énergétique de l’Europe. Traitant la menace d’une dépression économique à la légère, il prépare son gouvernement à l’utiliser comme prétexte pour imposer de nouvelles mesures d’austérité rejetées par les Français.

Une contradiction flagrante existe entre ses commentaires et ceux du PDG de Total Energies, Patrick Pouyanné. Celui-ci a pris la parole pour souligner le danger de crise énergétique vendredi, lors d’une conférence de l’Institut français des relations internationales à Chantilly.

Pouyanné a averti que la France risque d’entrer «dans une ère de pénurie énergétique, comme celle que subissent déjà certains pays asiatiques. … Si cette guerre et ce blocus durent plus de trois mois, nous commencerons à faire face à de sérieux problèmes d’approvisionnement pour certains produits, comme le kérosène». Il a ajouté: «La pénurie n'est pas encore présente dans le bassin atlantique ... mais on ne peut pas se permettre de laisser 20 pour cent des réserves mondiales de pétrole et de gaz inaccessibles sans conséquences majeures.»

Divers experts ont confirmé les propos de Pouyanné. «La pénurie est aux portes de l'Europe», a averti Thierry Bros, professeur à Sciences Po, sur France Info. Pointant «des bateaux qui passent plus qu'au compte-gouttes», il a ajouté: «Gouverner, c’est prévoir.»

Mais le gouvernement Macron agit comme si gouverner c’était ne rien prévoir. Il ne dénonce pas l’étranglement énergétique de l’Europe par Trump, pas plus qu’il n’a dénoncé ses menaces génocidaires contre l’Iran. En déplacement samedi à Athènes, Macron a réagi en minimisant les risques économiques posés par la guerre et en critiquant implicitement Pouyanné.

Interrogé par un journaliste sur le danger de pénurie énergétique, Macron a répondu qu’il n’avait rien à dire là-dessus: «On n’est pas dans le scénario qui est un des scénarios du pire que vous avez décrit, qui n’est aujourd’hui pas le plus probable et qu’il ne m’appartient pas de commenter … Je crois pouvoir vous dire à ce stade que la situation est contrôlée (et) aujourd’hui la situation ne nous fait envisager aucune pénurie.»

Or, si pour l’heure la crise prend la forme d’une envolée des prix, non pas une pénurie généralisée, c’est que le 11 mars, les 32 pays membres de l’Agence internationale de l’énergie, dont les USA et les puissances européennes, ont libéré 400 millions de barils de pétrole de leurs stocks stratégiques. C’était la plus grande libération de stocks de l’histoire de l’AIE. Mais cela ne résoudra pas la crise si la guerre continue et, d’ici quelques mois, ces réserves stratégiques commencent à s’épuiser.

Alors que la guerre bloque réellement l’approvisionnement énergétique de la France, Macron a laissé entendre que l’inquiétude de Total n’était qu’une panique risquant de créer de toutes pièces une crise: «(L)a pire des choses, dans ces moments où il y a des tensions, de l’incertitude géopolitique, c’est que ces tensions soient accrues par des comportements de panique. … Et bien souvent, la pénurie, on la crée par ces comportements de panique eux-mêmes».

Quoiqu’en dise Macron, la crise énergétique et le risque de dépression économique ne sont pas des fables alarmistes inventées par des affabulateurs. Cette crise est déjà impulsée par la guerre de Trump contre l’Iran. L’actuelle envolée des prix du pétrole et les ruptures de stock dans certaines stations-service de France sont les signes avant-coureurs d’un séisme économique et militaire bien plus large qui éclatera si les travailleurs ne parviennent pas à stopper la guerre.

L’avertissement du PDG de Total, société qui joue un rôle central dans le CAC-40 comme dans l’État français, indique que Macron couvre ces dangers non pas par ignorance, mais sciemment. Il en a décidé dans le dos des Français, comme l’a démontré, peu avant le début de la guerre, son texto privé en anglais à Trump proposant de faire ensemble de «grandes choses» en Iran. Avec une irresponsabilité extraordinaire, Macron joue avec l’économie de son pays et les emplois de millions de travailleurs.

Sa relation avec le génocidaire dans la Maison Blanche constitue la trahison la plus flagrante et la moins commentée en France depuis Pétain, qui prétendait que collaborer avec Hitler permettrait de régénérer la France via une Révolution nationale. Macron foule aux pieds ce que les commentateurs bourgeois nomment normalement les «intérêts nationaux» de la France, dont la sécurité énergétique. Ceci confirme une conception centrale du marxisme. En effet, les «intérêts nationaux» invoqués par la bourgeoisie ne sont qu’une mystification recouvrant la poursuite d’intérêts de classe.

Si Macron couvre Trump alors que ce dernier prend l’économie européenne par la gorge, c’est qu’il défend l’impérialisme. L’impérialisme français craint l’impact d’une défaite américaine sur ses propres bases militaires au Moyen Orient, ses exportations d’armes aux monarchies arabes, et le rôle de ses banques dans le commerce de l’énergie. Dénoncer les menaces génocidaires de Trump contre l’Iran mettrait en question l’amitié de Macron pour le régime israélien pendant le génocide à Gaza.

La crise militaire de l’impérialisme français est indissociable de la crise sociale qu’il veut régler sur le dos des travailleurs. Depuis le bradage des grèves contre la réforme des retraites par les partis du Nouveau Front Populaire et les appareils syndicaux en 2023, Macron gouverne ouvertement contre le peuple. Une suite de gouvernements minoritaires a tenté d’imposer une austérité drastique. Mais cette politique, fondée sur le refus d’imposer les riches, n’a pas suffi à réduire le déficit, car Paris augmente ses dépenses militaires de dizaines de milliards d’euros.

A présent, le gouvernement Macron tente visiblement d’utiliser la crise provoquée par l’agression de Trump contre l’Iran à des fins de politique intérieure. Plutôt que de dénoncer le génocide et l’agression militaire américaine, il préfère les instrumentaliser pour créer un cadre politique en France pour intensifier l’austérité visant les travailleurs.

C’est ce qu’indiquent clairement les déclarations du premier ministre Sébastien Lecornu. La semaine dernière, il a déclaré dans une lettre aux ministres de son gouvernement que «le coût total de cette crise pourrait donc représenter au moins 6 milliards d'euros, à date». Le ministre des Comptes publics David Amiel a dit que «toute dépense publique nouvelle qui pourrait être rendue nécessaire par la crise» énergétique entraînerait «une annulation d'une dépense qui était prévue, à l'euro près».

Ainsi Macron se saisit de la crise iranienne pour instaurer le principe de zéro augmentation des dépenses qui, sans imposition des riches, signifie inévitablement une austérité draconienne.

Pour lutter contre cette politique, les travailleurs doivent tirer les leçons du bradage des grèves de 2023. Les travailleurs devront mener une lutte de longue haleine et, pour ce faire, s’organiser indépendamment, à la base, pour ôter le contrôle de leurs mobilisations aux bureaucraties syndicales. Celles-ci ont refusé il y a trois ans toute lutte qui ferait chuter Macron; mais sans une lutte de cette ampleur, il sera impossible de stopper la guerre et la crise économique.

Avant tout, il faut unifier les travailleurs en France et à l’international: tous sont face au danger d’une dépression économique et d’un embrasement militaire généralisé à l’échelle mondiale. La question décisive est la construction d’un mouvement antiguerre international dans la classe ouvrière, sur une perspective d’ôter le pouvoir aux oligarchies capitalistes fauteuses de guerre et de bâtir une société socialiste.

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